Préambule... Pour vous mettre en appétit !

(Extrait du livre Mariage de matières... ou noces de quoi ?)

 

Par une ironie assez savoureuse, ces lignes sont écrites par un divorcé. Étrange entrée en matière qui signifie bien la particularité du mariage. Voulu pour l'éternité et, selon la formule consacrée « jusqu'à ce que la mort vous sépare », le mariage est l'une de nos plus anciennes institutions. On a assez glosé sur la blancheur de la robe, qui est relativement récente, et sur tous les devoirs du mariage.

 

Le fait est que, de nos jours, le mariage devient de plus en plus éphémère, si tant est que l'on puisse considérer la durée de 7 ans, qui est la durée moyenne d'un mariage dans notre pays selon l'INSEE, comme éphémère. Certains diront certainement qu'il y a un ou deux siècles, « jusqu'à ce que la mort vous sépare » signifiait au mieux (ou au pire, c'est selon) une décennie. Depuis, l'espérance de vie a augmenté de manière significative, et avec elle la durée des mariages, ou en tout cas leur durée prévisionnelle.

 

Les chiffres sont là : en 2012, en France, toujours selon l’INSEE, 245 000 mariages ont été célébrés dans notre pays, et 128 000 divorces ont été prononcés cette même année. Cela veut dire qu'un couple sur deux, dans l’Hexagone, se déchirera suite à son union. Après un temps plus ou moins long, certes, mais il y a là un certain côté inéluctable qui est plutôt inquiétant.

 

Est-ce pour conjurer ce sort que nous nous portons de plus en plus sur ce qu'il y a de plus concret ? À notre époque de dématérialisation de l'information, de la communication, du tout-image, qu'il y a t-il de plus concret, justement, que des matières ? D’autant plus que certaines, en particulier les métaux et les minéraux, sont en plus des matières premières, indispensables à nos sociétés et, disons-le, à notre confort.

 

À l’heure où nous imaginons une dématérialisation de nos échanges, nous ne sommes en réalité que plus dépendants à ces matières. Le paradoxe n’est qu’apparent, car plus la technicité de nos objets augmente, plus celle-ci fait appel à des matériaux de pointe. Nous ne sommes plus dans l’âge du fer, mais dans l’âge du fer, du cuivre, du titane, du platine, des plastiques, de l’étain, du bois, des terres rares aux doux noms de dysprosium, yttrium, scandium… La liste est longue et souvent synonyme de conflits. Loin (quoique…) de l’image que l’on se fait du mariage.

 

Le folklore français a, au cours des ans, imposé l'usage de célébrer les anniversaires de mariage en leur donnant à chacun un nom. Au fil du temps, les noms sont restés mais, pour certains, ils ne veulent plus rien dire à nos contemporains. Le présent ouvrage entend combler ces lacunes, non pas par une simple érudition aride, mais le plus souvent possible par quelques anecdotes qui font à la fois l'histoire et l'Histoire.

 

À l’origine, comme vous le verrez plus bas, seuls les anniversaires « importants » (au sens de notre système décimal) étaient célébrés : 10, 15, 20, 50 ans de mariage. Puis chaque année a eu droit à sa célébration. J’y vois deux explications : la première est que nous avons besoin de trouver des prétextes pour fêter. Est-ce lié à une conjoncture morose (qui dure cependant depuis que je suis en âge de comprendre d’actualité, donc depuis le début des années 80) ? Ou bien se dit-on que chaque nouvelle année est un cap de franchi ? Paradoxal alors que, au vu de l’augmentation de l’espérance de vie, les longues unions sont plus probables, mais dans le même temps, comme nous l’avons dit, le nombre de divorces augmente…

 

 Vous remarquerez que si plus de 70 matières ont été sélectionnées par l'usage, certaines, et pourtant non des moindres, n'ont pas eu cette chance. Ainsi, vous ne trouverez pas dans ces lignes d'informations sur : le hêtre, la tulipe, le tungstène, le séquoia ou le bleuet, dont l'histoire et la symbolique sont certainement aussi riches que la tourmaline, le chêne ou la rose. Et pourquoi parler du jade et non pas du marbre ? D’autres, non moins indispensables et présentes dans notre vie quotidienne, nous côtoient certainement depuis trop peu de temps pour avoir été intégrées par le folklore. Pas un mot sur le cobalt, indispensable à l’aviation, ou le germanium, à qui nous devons le transistor. Quant au plastique, il n'a pas non plus droit à une seule ligne, alors que ses multiples avatars emplissent notre vie et nous entourent : du disque vinyle à celui en polycarbonate, en passant par le PVC de nos tuyaux et le polypropylène de nos vaisselles. Mais voilà, le plastique a une mauvaise aura, et on le soupçonne d'être toxique. Le muguet l'est de manière certaine, mais personne ne le sait.

 

De même, le riz, céréale dont le grain est jeté en abondance lors des cérémonies nuptiales, n'est jamais évoqué pour célébrer un anniversaire. Après tout, cela est normal : le riz permet de démarrer l'union sous les meilleurs auspices. Il faut juste espérer qu'il ne soit gâté par quelque maladie. C’est d’ailleurs étrange qu’à part le froment, le sel et le sucre, il n’y ait pas d’aliments dans cette liste. Une « noce d’épices » aurait eu tout son piquant ! Et justement parce le mariage est fait de petits combats et de grosses embûches, n’aurait-on pas dû célébrer l’olivier, symbole de paix ? À moins qu’il n’ait justement à être célébré tous les jours…

 

D'où vient cette liste ? Voici ce qu'en dit Wikipedia : « La célébration des anniversaires de mariage est une tradition célébrée dans de nombreux pays, les traditions variant cependant d'un pays à l'autre. En Russie, elle est souvent l’occasion de réunions de famille (on y parle de mariage de papier, mariage de cuir, etc.). L’anniversaire de mariage est déjà mentionné dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Donc au XVIIIe siècle, on fêtait déjà son anniversaire de mariage, comme l’anniversaire d’un sacrement religieux. Du coup, les cultures anglicanes et plus généralement protestantes fêtaient moins les anniversaires de mariage.

Le folkloriste français Arnold Van Gennep rapporte, dans son Manuel de folklore français contemporain, que ces commémorations rappelant l'acte primitif ne concernent que certains anniversaires, à savoir les noces d'argent pour l'anniversaire des 25 années de mariage, les noces d'or pour les 50 ans de mariage et les noces de diamant pour les 60 ans de mariage. [...]. Van Gennep ajoute en outre que cette mode de la célébration des anniversaires de mariage, courante dans la petite bourgeoisie urbaine, ne se serait répandue dans les campagnes que dans le courant du XIXe siècle. Quant à l'attribution de qualificatifs à chacune des années de mariage, elle relève plutôt de la fantaisie contemporaine, bien que présentée dans certaines encyclopédies actuelles[1]. »

 

À partir de là, j'ai donc choisi une de ces listes[2], sachant qu’elle peut ne pas correspondre à celle que vous « connaissez ». Est-ce bien le plus important ? En guise de mode d’emploi, je ne vous dirais que ceci : l’ordre choisi pour dérouler les chapitres de cette liste est alphabétique, mais vous pouvez bien entendu commencer votre lecture par n’importe lequel d’entre eux. Afin de vous permettre de rebondir d’un article à l’autre, des renvois (*) vous sont proposés, de manière à ce qu’idéalement, chaque matière ait un lien avec une autre au sein de cet ouvrage. J'ai énormément appris en écrivant ces lignes et j'ai plaisir à croire qu'en refermant ce livre il vous en restera l'une ou l'autre anecdote.

 

Bonne lecture, et, je l’espère, plus pour le meilleur que pour le pire !

 

Envie d'en lire plus ? C'est par ici !

 

 


[1] Article « Anniversaire de mariage » sur l'édition française de l'encyclopédie libre Wikipédia, consulté le 30 mai 2011.

[2] Celle-ci fait apparaitre les mots « granit » (68 ans) et « granite » (90 ans). Pour mieux rendre compte de la différence entre ces deux notions, un seul article a été rédigé. De même, elle s’arrête à 70 ans pour les années unitaires, après ce cap cette liste a une tendance à ne guère être fixée…

Rédigé par Nicolas PERROT